CRITIQUES DE LIVRES

L'AGE D'OR DE L'ALPINISME

par Henri ISSELIN

( Éd. Arthaud, Paris. 1983 )

(Revue " Montagne et Alpinisme" N°2 - 1984)

Toutes les réalisations humaines connaissent des périodes particulièrement brillantes que l'on a coutume d'appeler l'âge d'or. L'alpinisme n'a pas failli à la règle et c'est à la période 1919-1950 que l'on attribue ce qualificatif. 1950! La première victoire sur un 8000 a ouvert l'âge d'or de l'himalayisme et de l'andinisme.

Le premier chapitre résume fort bien les éléments fondamentaux de cette extraordinaire éclosion d'exploits. Après la tourmente mondiale, des jeunes pleins d'audace et d'enthousiasme, impatients de dispenser leur énergie, se sont littéralement rués en haute montagne pour effectuer la première d'une ascension de pic, de dent, de gendarme; c'est la naissance de l'alpinisme sans guide et de celui du G.H.M. .


Les conditions matérielles s'améliorent on s'achemine plus rapidement vers le coeur des massifs, les refuges prolifèrent, la cartographie et les ouvrages de documentation se font plus nombreux. On assiste à la création d'un sac révolutionnaire, le bergan, à celle d'un réchaud pratique, à l'invention des ailes de mouches, des tricounis, puis de la semelle vibram, tandis que la « ferraille » inaugure l'ère de ce qu'on a appelé l'escalade artificielle

II évoque ensuite les grandes figures. Tout d'abord Fourastier, premier conquérant de l'Oisans, qui réussit de nombreux exploits dans le Haut-Dauphiné. Un sommet porte d'ailleurs son nom. Fourastier s'était imposé comme objectifs quatre faces nord, celles encore vierges du Râteau, du Pelvoux, de la Meije, d'Ailefroide. De quoi laisser rêveurs les alpinistes de notre temps, réduits à inventer des variantes! Fourastier et sa bande, dans laquelle figurent Le Breton, Manhès, Madier, collectionnent les lauriers de 1932 à 1938. Puis Helbronner, qui se consacra à la "Description géométrique détaillée des Alpes françaises", l'aventure alpine n'est en effet pas uniquement l'apanage des escaladeurs de roc et de glace; d'ailleurs, Helbronner était un fort bon alpiniste.

D'autres figures apparaissent dans ce livre et en particulier Lucien Devies auquel l'auteur rend un vibrant hommage. II salue l'excellent alpiniste, celui de la pointe Gnifetti dans le massif du Mont Rose, celui du pic Gaspard et de l'Otan. Et surtout celui de la muraille nord­ouest de l'Ailefroide, le plus bel exploit de Lucien Devies en compagnie de Gervasutti.

Isselin n'a garde d'oublier le rôle décisif de Devies lors de l'expédition himalayenne à l'Annapurna qui valut aux alpinistes français d'ëtre les premiers à atteindre un sommet de 8000 m.

Enfin, reste le rôle éminent de documentaliste que remplit Devies pour la revue La Montagne et Alpinisme. Isselin rappelle ce mot : « ll sait tout de tous les sommets. »

Enfin apparaissent les ténors de l'alpinisme de l'entre-deux guerres à la faveur de la conquète des pointes des Grandes Jorasses. Défilent alors les noms prestigieux de Charlet, de Greloz, d'Allain, de Leininger, de Lambert et de Loulou Boulaz, de Frendo et de Rébuffat, des Italiens Gervasutti, Zanetti, Cassin, Tizzoni, Exposito, des Allemands Peters et Meier. A la veille de la seconde guerre mondiale, le double problème des Jorasses est résolu.

La dernière partie de l'ouvrage, plus personnelle, exprime une certaine nostalgie quelque peu injuste; l'auteur se laissant notamment aller à des réflexions désabusées. Certes, la haute montagne n'est plus déserte, on fait même la queue pour s'insérer dans certains couloirs, mais de là à parler de « kermesse bruyante » et de surnommer le Soreiller le Saint-Trop' de l'Oisans... II suffit, au demeurant, de lire les prodigieux exploits narrés par Boivin dans son Abominable homme des glaces pour admettre volontiers que pour des alpinistes pleins de passion et d'imagination, c'est toujours l'âge d'or.


Marius COTE-COLISSON .

Retour à la Page "Critiques"