CRITIQUES DE LIVRES

LA DENSITE DU VIDE

Par Alain PYRE

( Mon Petit Editeur - 2010 )

Manuel de philosophie ou roman de montagne ? On peut se poser la question...

Trois stagiaires partent avec un guide faire le tour du Mont Blanc. Mais pas n'importe quel tour : un tour par les cimes. Montée à Tête Rousse, puis au refuge du Goûter, descente sur le refuge Gonella, puis par le glacier de Miage, remontée sur Monzino, puis au bivouac Eccles, traversée vers le Col de Peuterey, descente des rochers Grüber, de nouveau le refuge Monzino, et retour à Entrêves par un sentier en balcon au pied du glacier de la Brenva...

Un peu ambitieux, pour des novices ? Sans doute. Mais la solitude est totale, l'ambiance doit être extraordinaire ! Et le guide est certainement capable de prendre soin de ses clients.

N'empêche. Et les choses évidemment ne se passent pas tout à fait comme prévu...


Les trois stagiaires ne se connaissent pas, et sont aussi dissemblables que possible : Jean-Charles est un brillant cadre de l'industrie, qui réussit tout ce qu'il entreprend, rationnel à l'extrême. Mais il a le vertige... Pierre est un professeur de philosophie un peu dépressif. Tous deux sont d'âge mûr, un peu lassés de leur vie de famille devenue routinière, et se posent des questions sur le sens de leur vie. Gladys est une jeune femme idéaliste, un peu exaltée, qui s'émerveille constamment. Et Michel, le guide, est bien entendu solide et taciturne. Il a cependant lui aussi un lourd poids à porter : un compagnon de cordée dont il se sent responsable de la mort.

Tout se passe à peu près bien, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous les quatre dans une position extrêmement périlleuse dont il parait impossible de sortir... C'est encore l'occasion de réfléchir sur la vie, et sur le vide qu'ils contemplent, au propre comme au figuré...

Alors que le récit de la première partie est écrit à l'imparfait, de façon assez impersonnelle, la seconde partie est racontée par Pierre, toujours à l'imparfait, mais à la première personne : plusieurs années plus tard, il fait le bilan de ce que leur a apporté cette expérience traumatisante. L'auteur se dévoile ici : a-t-il vécu une expérience similaire, dont il a changé les détails ? Son vrai métier - ingénieur - est-il une façade qui cache un philosophe ? En tous cas, il a certainement été gratter de ses crampons l'envers du Mont Blanc : son imagination seule n'aurait pas suffi à décrire ces paysages si solitaires et grandioses.

Il y a certes de l'action - dramatique - dans ce récit, mais l'essentiel est évidemment dans la réflexion et les échanges entre des compagnons aussi dissemblables. Les phrases sont longues, le style dense et parfois un peu obscur : il faut souvent relire pour en saisir toute la portée. Je conçois mal que des alpinistes parlent autant, et s'expriment ainsi, mais bon...

Un peu long, peut-être ?


Daniel MASSE .

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